Recueil officiel. Nouvelle série. Tome IV, 1882, p.412-419
(url: www.solami.com/1882.htm)

CONVENTION
entre
la Suisse et la France sur les rapports de voisinage et sur la surveillance des forêts limitrophes.
Conclue le 23 février 1882.
Ratifiée par la Suisse le 2 mai 1882.
        "        "   la France le 11 mai 1882,
[Message du Conseil fédéral du 31 mars 1882]
[remplacée par la Convention du 31 janvier 1938, RS 0.631.256.934.99]

Le conseil fédéral de la Confédération suisse,
après avoir vu et examiné la convention sur les rapports de voisinage et sur la sur-veillance des forêts limi-trophes conclue sous réserve de ratification, à Paris, le 23 février 1882, par les plé-nipotentiaires des deux états, convention qui a été approu-vée par le conseil national le
24 avril 1882 et par le conseil des états le 27 du même mois et dont la teneur suit.
Le Président de la République Française,
à tous ceux qui ces présentes Lettres verront,
salut.
Une Convention ayant été signée, le 23 février 1882, entre la France et la Suisse, sur les rapports de voisinage et sur la surveillance des forêts limitrophes,
Convention dont la teneur
suit:

Le conseil fédéral de la Confédération suisse
et
le président de la République française,

désirant assurer et régler entre la Suisse et la France les rapports de voisinage et la surveillance des forêts limitrophes, ont résolu de conclure dans ce but une convention spéciale, et ont nommé pour leurs plénipotentiaires, savoir:

Le président de la République française:
M. G. de Freycinet, sénateur, président du conseil, ministre des affaires étrangères ; M. Tirard, député, ministre du commerce,
M. Maurice Rouvier, député,   ancien ministre du commerce et des colonies; et
Le conseil fédéral de la Confédération suisse:
M. J.C. Kern, envoyé extraordinaire et ministre pléni-potentiaire de la Confédération suisse à Paris;
M. Charles-Edouard Lardy,   docteur en droit,  conseiller de la légation de Suisse à Paris;
lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants:

Article premier.

Pour faciliter l'exploitation des biens-fonds et forêts limitrophes des frontières, sont affranchis de tous droits d'importation, d'exportation ou de circulation, les céréales en gerbes ou en épis, les foins, la paille et les fourrages verts, les produits bruts des forêts, bois, charbons ou potasses, ainsi que les engrais, les semences, plantes, perches, échalas, animaux et instruments de toute sorte servant à la culture des propriétés situées dans une zone de dix kilomètres, de chaque côté de la frontière, sous réserve du contrôle réglementaire existant dans chaque pays pour la répression de la fraude.

Art. 2.

Dans le même rayon et sous les garanties énoncées à l'article précédent, sont également affranchis de tous droits d'importation, d'exportation ou de circulation, les grains ou bois envoyés, par les habitants de l'un des deux pays, à un moulin ou à une scierie situés sur le territoire de l'autre, ainsi que les farines ou planches en provenant.
La même faculté est accordée aux nationaux des deux pays pour l'extraction de l'huile des semences recueillies sur leurs biens-fonds, le blanchiment des fils et toiles écrus, fabriqués avec les produits de la terre qu'ils cultivent, ainsi que pour la filature à façon du lin et du chanvre récoltés dans ledit rayon.

Art. 3.

Les produits agricoles ou forestiers seront transportés sur les chemins publics, sans autre indemnité que celles imposées par les lois du pays aux habitants de la localité.
Les chemins limitrophes qui suivent la frontière ou qui passent, suivant la configuration du terrain, d'un territoire à l'autre, ne pourront, dans aucun cas, être barrés ou fermés à la circulation desdits produits.

Art. 4.

Dans chacun des deux pays, lorsqu'une forêt ou tout autre immeuble exploité par un étranger se trouvera à l'état d'enclave, un passage sera ouvert sur les propriétés voisines, à charge d'une indemnité qui sera réglée par les tribunaux, si les parties ne se sont pas entendues à l'amiable.

Art. 5.

Les propriétaires ou cultivateurs français en Suisse, et réciproquement, les  propriétaires ou cultivateurs suisses en France, jouiront généralement, quant à l'exploitation de leurs biens, des mêmes avantages que les nationaux habitant la même localité, à la condition qu'ils se soumettront à tous les règlements administratifs on de police applicables aux ressortissants du pays.

Art. 6.

Les dispositions précédentes ne dérogent à aucune desconventions qui pourraient exister entre les municipalités frontières.

Art. 7.

Lorsqu'une forêt appartenant, soit à l'état, soit à une commune, soit à un établissement public, soit à un particulier suisse, sera située sur le territoire français, ou réciproquement, des gardes pourront être désignés par les propriétaires pour la surveillance desdites forêts.
Ces gardes devront remplir les conditions de nationalité et de capacité exigées par les lois et règlements du pays où la forêt sera située; ils seront commissionnés par l'autorité compétente de ce même pays et assermentés.
Leurs pouvoirs et leurs obligations seront les mêmes que ceux des gardes des forêts dont les propriétaires ne sont pas étrangers.
Les frais nécessités par leur nomination et l'exercice de leurs fonctions seront à la charge des propriétaires des forêts.

Art. 8.

Pour mieux assurer la répression des délits et contraventions qui se commettent dans les forêts, sur la frontière, les deux hautes parties contractantes s'engagent à poursuivre ceux de leurs ressortissants qui auraient commis ces infractions sur le territoire étranger, de la même manière et par application des mêmes lois que s'ils s'en étaient rendus coupables clans les forêts de leur pays même.
La poursuite aura lieu sous la condition qu'il n'y ait pas eu jugement rendu dans le pays où l'infraction a été commise, et sur transmission officielle du procès-verbal, par l'autorité compétente de ce pays, à celle du pays auquel appartient l'inculpé.
L'état où la condamnation sera prononcée percevra seul le montant des amendes et des frais; mais les indemnités seront versées dans les caisses de l'état où les infractions auront été commises.
Les procès-verbaux dressés régulièrement par les gardes assermentés dans chaque pays feront foi, jusqu'à preuve contraire, devant les tribunaux étrangers.
Art. 9.
    Pour donner plus d'efficacité à la surveillance des propriétés forestières, tous les gardes forestiers qui constateront un délit ou une contravention dans la circonscription confiée à leur surveillance pourront suivre les objets enlevés, même de l'autre côté de la frontière, sur le territoire de l'état voisin, jusque dans les lieux où ils auraient été transportés, et en opérer la saisie.
    Ils ne pourront, toutefois, s'introduire dans les maisons, bâtiments, cours adjacentes et enclos, si ce n'est en présence d'un fonctionnaire public, désigné à cet effet par les lois du pays dans lequel la perquisition aura lieu.
    Les autorités compétentes, chargées de la police locale, sont tenues d'assister les gardes dans leurs recherches, sans qu'il soit nécessaire de réclamer la permission d'un fonctionnaire supérieur.
    Les administrations compétentes de chacun des deux états se feront connaître réciproquement les noms des agents forestiers chargés de la surveillance des forêts limitrophes.

Art. 10.

    Dans le cas où des modifications dans la législation criminelle de l'un ou de l'autre état seraient jugées nécessaires pour assurer l'exécution des articles 8 et 9, les deux hautes parties contractantes s'engagent à prendre, aussitôt que faire se pourra, les mesures nécessaires à l'effet d'opérer ces réformes.

Art. 11.

    La présente convention entrera en vigueur le 16 mai 1882 et demeurera exécutoire jusqu'au 1er février 1892. Dans le cas où aucune des deux hautes parties contractantes n'aurait notifié, douze mois avant la fin de ladite période, son intention d'en faire cesser les effets, elle continuera à être obligatoire jusqu'à l'expiration d'une année, à partir du jour où l'une ou l'autre des hautes parties-contractantes l'aura dénoncée.

Art 12.

    La présente convention sera ratifiée et les ratifications en seront échangées à Paris avant le 12 mai 1882, et simultanément avec celles du traité de commerce conclu à la date de ce jour.
    En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention et y ont apposé leurs cachets.
    Fait en double expédition, à Paris, le 23 février 1882,
 
 
 
 
(L. S.) Kern.
(L. S.) Lardy.

déclare que la convention ci-dessus est ratifiée et a force de loi dans toutes ses parties, promettant, au nom de la Confédération suisse, de l'observer consciencieusement et en tout temps, pour autant que cela dépend de celle-ci.
En foi de quoi, les présentes ont été signées par le président et le chancelier de la Confédération suisse et munies du sceau fédéral.
Ainsi fait à, Berne, le deux mai mil huit cent quatre-vingt-deux  (2 mai 1882).
Au nom du conseil fédéral suisse, Le président de la Confédération:
(L. S.)      Bavier.
Le chancelier de la Confédération:
Ringier.

(L. S.) C. de Freycinet 
(L. S.) P. Tirard. 
(L, S.) M. Rouvier.
Ayant vu et examiné ladite convention, Nous l'avons approuvée et approuvons en vertu de la loi votée par le Sénat et par la Chambre des Députés; Déclarons qu'elle est acceptée, ratifiée et confirmée et Promettons qu'elle sera inviolablement observée.
En foi de quoi, Nous avons donné les présentes revêtues du Sceau de la République.

A Paris, le 11 mai 1882.

Jules Grévy.
(L.S.)

Par le Président de la République :
C. de Freycinet.

NOTE. Les ratifications ont été échangées à Paris, le 12 mai 1882, entre le ministre de la Confédération suisse, M. le Dr Kern, et le président du conseil, ministre des affaires étrangères de la République française, M. C. de Freycinet.