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Costly Industrial Blunders

19 sep 09    Datteln, D: Trop de CO2, projet en exécution stoppé par la justice, Le Temps, Yves Petignat

to be documented:
Creys-Malville, 1997, F
Kalkar, 1991, D
Zwentendorf, 1978, A
Kaiseraugst, 1975-88, CH (Dissertation)




Le Temps   19 septembre 2009

La justice stoppe une centrale à charbon émettant trop de CO2
Par Yves Petignat, Berlin

L’installation thermique de Datteln devait être la plus moderne et la plus puissante d’Europe. Les juges estiment qu’elle n’est pas conforme à l’environnement. Une première
C’est la victoire de David contre Goliath. Mais c’est aussi la première fois que les juges avancent des arguments de protection du climat, notamment les rejets de CO2, pour stopper un projet énergétique. Un coup dur pour E.ON et la politique «énergie mixte» préconisée par la chancelière Angela Merkel.

L’un des premiers producteurs d’électricité du monde, le géant allemand E.ON, 93?000 employés, 87,6 milliards de chiffre d’affaires, a dû cesser partiellement la construction de son plus grand projet de centrale thermique à charbon, à Datteln, une petite ville proche de Münster, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Un projet devisé à 1,2 milliard d’euros et qui pourrait être définitivement interrompu.

Retrait du permis
La tour de refroidissement de 180 m de hauteur est pratiquement achevée, alors que s’édifie à son pied l’une des plus puissantes centrales thermiques à charbon, une centrale monobloc de 1055 mégawatts, comparable aux centrales nucléaires. L’installation aurait dû livrer un tiers de sa production à Deutsche Bahn. Mais, vendredi, les travaux des dépôts d’ammoniaque, de charbon et de cendre, ainsi que des installations auxiliaires de machines à vapeur ont cessé, après le retrait d’un permis de construire par l’exécutif du district de Münster.

Depuis des années, un agriculteur voisin, Heinrich Greiwing, s’opposait au projet d’E.ON, trop proche de sa ferme. A ses côtés, les organisations écologistes, tels Greenpeace, Bund für Umwelt und Naturschutz (BUND) ou l’Alliance pour le climat, soutenues par de nombreux donateurs, dont le fonds d’investissement anglais TCI. Datteln était devenue la lutte phare contre les projets de ce type.

Multiples infractions
Au début du mois de septembre, les juges d’instance de Münster ont rendu un jugement dont les considérants ne laissaient pas d’autre choix aux autorités locales que de suspendre l’autorisation de travaux en cours. Infractions aux plans d’urbanisme, aux lois sur la protection de la faune et de la flore, aux directives contre le bruit, distances avec le voisinage non respectées, etc. Manifestement, les autorités locales s’étaient fiées les yeux fermés aux assurances d’E.ON, l’un des plus grands employeurs de la région. Mais surtout, relèvent les juges, la centrale, qui devait fonctionner grâce à du charbon importé, contrevient au plan de développement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, lequel précise que «de nouvelles centrales ne pourront être réalisées que si des progrès considérables sont obtenus dans le bilan de rejet du CO2 et d’autres substances touchant au climat».

Manque d’énergie
Or le projet de Datteln, qui multiplie par 350% la capacité de la centrale actuelle et devait émettre à elle seule l’équivalent de 0,73% de l’ensemble du contingent d’émission d’oxyde de carbone de l’Allemagne, ne peut pas être considéré comme une simple mesure d’amélioration de l’efficacité.

La question est de savoir si un accord, permettant la mise en exploitation, est possible, vu les investissements colossaux. Vraisemblablement non, au vu du nombre de violations des règlements. L’opposition pourrait faire école pour d’autres projets, comme celui de Vattenfall à Hambourg, ou à Duisburg. Pour les opposants au charbon, la réalisation des 29 projets de centrales au charbon ou au lignite, bien plus polluant, contrevient aux promesses d’Angela Merkel de réduire les émissions de CO2.

Mais leur abandon équivaudrait aussi à aggraver le manque d’énergie, estimé entre 12?000 et 40?000 mégawatts dans dix ans. Et donc à rendre inopérante la politique préconisée d’énergie mixte, centrales traditionnelles et au gaz et énergies renouvelables (éolien et solaire).