«La liberté»  mardi 6 janvier 2004

Krach Parmalat: la justice italienne s'intéresse maintenant à l'UBS
Quel rôle a joué l'UBS dans le krach Parmalat?

Victimes ou complices? Quel a été le rôle exact des banques qui ont octroyé de généreux prêts à Parmalat? Dans le roman noir du krach de l'empire laitier, un scandale qui n'en finit pas de rebondir, le dernier épisode est consacré aux liens qu'entretenait le groupe italien avec certains établissements financiers. Parmi eux: l'UBS. La banque suisse est mentionnée dans l'acte d'accusation du principal protagoniste.

Emprunt · Les liens entre la banque suisse et le groupe remontent à 1996. L'acte d'arrestation de Calisto Tanzi mentionne notamment le remboursement d'un emprunt accordé par l'UBS.
Luigino Canal

Après avoir mis sous les verrous six cadres de Parmalat, dont l'ex-président fondateur Calisto Tanzi, et deux réviseurs des comptes, la justice italienne s'intéresse maintenant au rôle joué par les banques dans cette gigantesque débâcle. Le groupe agroalimentaire de Parme est au centre d'un énorme scandale financier et ses bilans, probablement falsifiés pendant des années, présenteraient un trou dépassant les huit milliards d'euros (12 milliards de francs).

Les enquêteurs veulent notamment clarifier les liens qu'entretenait Parmalat avec les établissements financiers qui l'ont soutenu et qui ont organisé ses émissions obligataires. La demande d'arrestation concernant Calisto Tanzi indique qu'il «faut analyser le rôle des banques qui ont prêté main-forte au groupe malgré sa précaire situation financière». Un intérêt qui est partagé par la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine. «Il nous faut établir si des banques ont fait preuve de négligence, d'imprudence ou d'autre chose», explique Lawrence West, inspecteur de la SEC, dans le «Corriere della Sera».

Prêt de 200 milliards de lires

Si en première ligne on trouve les plus grandes banques italiennes comme Capitalia, Intesa ou San Paolo IMI, les projecteurs se tournent aussi vers des instituts étrangers tels que Bank of America, Citigroup, Santander Central Hispano, Deutsche Bank et UBS. L'acte d'arrestation de Calisto Tanzi mentionne notamment le remboursement d'un emprunt accordé par l'UBS. En 1996, la banque suisse a prêté 200 milliards de lires (environ 160 millions de francs) à La Coloniale, la holding de la famille Tanzi, pour qu'elle puisse souscrire une augmentation de capital de Parmalat Finanziaria.  Trois ans plus tard, «la moitié de cette somme a été remboursée via une soustraction, avec un transfert d'argent de la société hollandaise Parmalat Finance vers la Sata, qui appartient aux Tanzi, puis à La Coloniale qui a remboursé la banque helvétique». En outre, depuis 1996, l'UBS a placé pour Parmalat cinq emprunts obligataires pour un total de 474 millions d'euros.  Enfin, dans le rapport trimestriel au 30 septembre 2003 publié par la société de Parme on découvre que «des obligations émises en juillet 2003 par Parmalat Finance avec une échéance en 2008, ont été organisées et souscrites par UBS pour un montant de 420 millions d'euros».

Victimes ou complices?

Le rapport précise aussi qu'«elles sont liées à une structure en investissements financiers qui a généré une provision nette de 130 millions d'euros». Une formulation sibylline qui semble faire référence à une opération utilisant des produits dérivés. L'UBS refuse tout commentaire sur cette opération. Reste à déterminer si les banques ont été les victimes ou les complices des manipulations comptables de Parmalat.